Elle s’appelle Jan, elle est Sainte-Lucienne, elle est née l’année de l’indépendance du pays et habite Gros-Ilet, à coté de Castries, la ville principale. Depuis quelques temps elle envisage de plus de plus de rejoindre sa compagne Hélène, qui elle vit dans les hauteurs de Gros-Morne en Martinique. Les deux femmes se sont connues lors d’un festival de musique à Fort de France et après quatre ans d’une relation à distance, elles souhaitent maintenant jouer sur la même partition. Un projet qu’elles savent réalisable depuis que le gouvernement français a institué en mai 2013 le « mariage pour tous » avec l’adoption d’une loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.

Les deux femmes ont suivi les âpres discussions au Parlement entre tenants de la loi et opposants radicaux, jusqu’à l’adoption du texte par l’Assemblée Nationale française le 23 avril 2013, sa validation par le Conseil constitutionnel et sa promulgation le 18 mai. Cette promesse de campagne du président français François Hollande a divisé et divise encore la société française et de nombreuses manifestations dans les rues de pro-mariage pour tous ou d’anti-mariage pour tous ont été organisées dans toutes les régions du pays.

Alors que la Guadeloupe et la Martinique voient leur ancrage dans leur environnement géographique caribéen officialisé avec leur adhésion définitive à l’Association des Etats de la Caraïbe en tant que membres associés1, leur appartenance à la France et donc leur assujettissement aux lois et règlements qui y ont cours, continue de faire leur singularité. C’est le cas particulièrement en ce qui concerne la question de l’homosexualité et du mariage des personnes de même sexe.

Dans les trois Départements Français d’Amérique (DFA), la question de l’homosexualité est sensible, elle y reste encore taboue. L’acceptation de l’homosexualité demeure dans ces départements un combat mené notamment par le réseau « Tjenbé Rèd » dont l’objectif est de « Rassembler et soutenir les personnes noires & métisses LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) et leurs ami/e/s ; bouger les mentalités dans les communautés africaines, antillaises ou ultramarines » (sic) (www.tjbenbered.fr)

L’association a manifesté dans la capitale française pour soutenir le projet de loi présenté par Christiane Taubira2, la ministre française de la justice, et tenté également de mobiliser dans les DFA.

Mais sous nos latitudes, défiler dans les rues pour défendre les droits des homosexuels et se dire ouvertement pour le mariage de personnes de même sexe n’est pas aussi évident qu’à Paris !

Il n’est pas loin le temps où dans ces départements, l’homosexualité était assimilée à une maladie dont on pouvait guérir après quelques séances chez le « quimboiseur3 ». Il est encore fréquent que l’homosexuel soit traité de « makoumè », terme qui désigne les personnes gays mais qui est aussi une injure, sinon l’injure suprême capable de faire sortir de ses gongs n’importe quel « mal » antillo-guyanais.

Voilà donc une société (Guadeloupe et Martinique) en grande majorité chrétienne pratiquante et normée par des préceptes religieux qui ne laissent gère de place à des pratiques jugées déviantes, qui devient, de par sa dépendance administrative, la société la plus ouverte à la question de l’acceptation de l’homosexualité dans le bassin caribéen.

Car se sont les seuls territoires dans cette Caraïbe où le mariage de personnes de même sexe est autorisé.

Dans l’ensemble des pays du bassin caribéen, la loi interdit le mariage homosexuel et dans plusieurs d’entre eux l’homosexualité demeure pénalement réprimée.

Les cas d’agressions et même de meurtres sont nombreux en Jamaïque, en République Dominicaine ou encore en Haïti où le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince déclarait encore récemment que « La législation haïtienne ne reconnaît pas le droit aux gens de même sexe de se marier ». Me Lucmane Dellile poursuivait sur sa lancée en précisant que « Un tel acte constitue une grave violation de la loi. La législation haïtienne n’autorise pas le mariage pour tous » (source www.lematinhaiti.com). Le commissaire du gouvernement réagissait là suite aux violences subies par un couple d’homosexuels lors de ses fiançailles.

Des propos dont s’insurge le tout juste trentenaire Charlot Jeudy, le président de « Kouraj », l’association haïtienne de défense des droits des homosexuels.

Le jeune homme est né un 1er janvier, jour de la fête de l’indépendance  d’Haïti, tout un symbole pour ce militant de la cause de la communauté « M ». Car dans la patrie de Jean-Jacques Dessalines, l’on ne parle pas de Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres mais de « Masisi, Makomè, Madivin et Miks ». Des termes que Charlot Jeudy semble accepter fièrement, lui le benjamin d’une famille pauvre de 5 enfants, originaire du sud de Port au Prince, devenu activiste des droits humains. Etre homosexuel dans la société haïtienne est raison d’exclusion. Nombre de jeunes se sont vus rejetés par leurs parents du fait même de leur homosexualité annoncée !

En république d’Haïti, la loi ne punie pas l’homosexualité mais c’est souvent le prétexte de l’atteinte à la pudeur ou le sacro-saint « respect des bonnes mœurs » qui est avancé pour justifier les tracas policiers dont sont victimes les membres de la communauté « M ».

Pour Hélène, mettre en prison deux hommes ou deux femmes qui s’embrassent sur un banc public, c’est inconcevable. Pour avoir manifester en public son affection pour sa compagne, la Gros-Mornaise, originaire des Landes, risquerait pourtant un séjour dans les geôles à Haïti, si elle en était ressortissante.

« Début novembre, deux hommes homosexuels ont été arrêtés pour cette raison. Nous avons dû faire intervenir nos avocats pour les libérer au bout de deux jours de garde à vue », confie Charlot Jeudy.

Et si la société discrimine tant les « Masisi, Makomè, Madivin et Miks », c’est en partie à cause de la religion chrétienne. Dans ce pays où 80% de la population est catholique, les dignitaires de l’Eglise ne font pas secret de leur rejet des homosexuels et tout comme les églises catholiques de France, ils disent non au mariage de personnes de même sexe, une abomination !

Avec l’adoption du « Mariage pour tous » par le Parlement français, Guadeloupe et Martinique deviennent-elles donc les phares qui guideront vers une meilleure acceptation des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres de la Caraïbe ? C’est ce qu’espèrent Hélène et Jan. La jeune femme devrait pouvoir se marier en Martinique quand bien même la législation de son pays n’autorise pas le mariage homosexuel sur son territoire.

La loi du 18 mai 2013, reconnaissant le droit à des couples de personnes de même sexe de se marier sur le territoire français a sans nul doute donner de l’espoir à la communauté « M » d’Haïti. Son lien historique avec la France, l’influence de cette dernière et du Canada (où le mariage homosexuel est autorisé depuis 2003), notamment, sur la politique intérieur de la première nation noire, pouvait laisser penser que les curseurs allaient tendre vers, si ce n’est une meilleure acceptation, tout du moins, une dédiabolisation de l’homosexualité. Il n’en fut rien, bien au contraire à en croire Charlot Jeudy. Le président de l’association « Kouraj » observe une levée de bouclier des homophobes depuis l’adoption du « Mariage pour tous » en France.

« C’est une bonne avancée pour la France mais les conséquences sont négatives chez-nous », confie-t-il.

En juillet 2013, deux mois après l’adoption de la loi en France, 45 personnes auraient été agressées à la suite de manifestations à l’appel des églises chrétiennes.

Des homosexuels, victimes de violences physiques du seul fait de leurs tendances sexuelles.

Même si Jan reconnaît que beaucoup reste encore à faire dans son pays Sainte-Lucie, la pétillante cadre culturelle considère que sa société, qui est encore très jeune, a le temps de progresser.

Loin d’être des militantes de la cause lesbienne, Hélène et Jan vivent leur histoire d’amour.

Rony NABAL

Index :

1-Les Etats membres de l’AEC se sont prononcés lors du conseil des ministres du 14 février 2013 à Port of Spain

2-Christiane Taubira est garde des Sceaux, ministre de la justice de la France depuis le 16 mai 2012. Femme politique Guyanaise, elle a été candidate PRG (Parti Radical de Gauche) à l’élection présidentielle de 2002. Députée de la Guyane, elle est à l’origine de la loi qui reconnaît les traites négrières et l’esclavage comme crimes contre l’humanité (loi Taubira).

3-Le Quimboiseur, Kenbwazè ou Tjenbwazè est celui qui pratique le Quimbois, Kenbwa ou Tjenba, l’équivalent du Vaudou Haïtien, du Candombré Brésilien ou de la Santeria Cubaine.

NOT POU LAPRES

Publié: décembre 15, 2014 dans Mis à jour

                                                                                                               Potoprens, le 15/12/2014

KOURAJ POU PWOTEJE DWA MOUN, konstate avèk anpil lapènn kòman pèp ayisyen an,  ap  fi-n tonbe  anba kolera pandan gwo kriz politik ap bwase bil sosyete a, manifestasyon kont gouvènman an se sa  kap fè aktyalite nan medya nou yo, pandan pèp la ap kontinye mouri anba kolera ki se youn nan pi gwo kado solda minista yo te ba nou depi 2 zan, nou menm  nan KOURAJ, kap defann dwa moun san eksklizyon nap mande pou gouvènman an plas la pou ‘ l pran tout dispozisyon nesesè ansanm avèk minis sante piblik la ak popilasyon an jan konstitisyon 29 mas 1987 garanti sa a nan  atik  19 tout sitwayen an jeneral ki malad, dwe jwenn bon jan swen medikal ak sèvis sosyal nesesè, kote lopital inivèsite deta a ap mete moun malad kolera yo deyò tankou chyen paske doktè refize bay moun ki malad kolera yo swen, sa ki lakòz plizyè moun mouri deja se gras ak MEDSEN SAN FONTYE ak GESKIO ki ap ede popilasyon an kifè pa genyen plis moun ki pèdi lavi yo toujou.

KOURAJ, pwofite okasyon sa pou li egzòte tout ayisyen a la ronn badè pou yo toujou kontinye aplike bon jan prensip ijèn ak byen trete tout dlo ke nap bwè, sante w depann de ou, nap mande ak otorite ki konsène yo pou yo renouvle detèminasyon ak angajman yo genyen pou yo sipòte ak akonpaye tout sitwayen, garanti yo bon jan swen nesesè pou yo fè prevansyon pou yo evite pran ak propaje maladi kolera ap koze.

KOURAJ POU PWOTEJE DWA MOUN, pwofite okazyon sa pou li voye senpati li ansanm ak sensè kondeleans bay tout fanmi zanmi viktim kolera yo, si tou fanmi sa ki gentan mouri yo, ki pa gen tan wè ane 2015 nan.

 

 JEUDY Charlot

                                                                                                                            President KOURAJ  

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Ce projet vise à réduire la discrimination envers les personnes LGBT des deux sexes en Haïti, et permettra une prise de conscience des acteurs du système judiciaire face au respect des droits de la personne et la non-discrimination.

Brève description du projet dont :
a) L’objectif particulier du projet

Ce projet vise à réduire la discrimination dont sont victimes les membres de la communauté LGBT en Haïti, notamment en :

  • Rendant disponible un document sur la non-discrimination dans les institutions du pays.
  • Augmenter la compréhension des populations envers les personnes LGBT afin de favoriser un changement d’attitude et une diminution des discriminations.
  • Sensibiliser les groupes de la société civile et les acteurs judiciaires sur les droits de la personne en ce qui concerne la communauté LGBT.
  • Renforcer la compréhension des personnes LGBT de leurs droits, obligations et assurer leur engagement afin de tenir le gouvernement responsable de ses obligations en matière de non-discrimination.
  • Élaborer une politique de protection et un plan de sécurité au sein des groupes LGBT

 

 

b) Les activités prévues et les résultats escomptés
  • Ateliers de travail sur le document de promotion de la non-discrimination, aux Gonaïves et à Port-au-Prince pour la mise en place d’une politique de protection pour les personnes LGBT
  • Initiatives de mobilisations et sensibilisations communautaire à : Léogane, Port-au-Prince, Cabaret et aux Gonaïves.
  • Distribution du document dans les institutions publiques du pays.